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Identité nationale (2) : expulsions

Publié le par Mozalyre

      Ce matin, 6 heures, devant l'hôtel Au Bon Accueil (ça ne s'invente pas !) de Chevigny-Saint-Sauveur en banlieue de Dijon. Nous sommes une centaine de personnes à attendre sur le trottoir, prévenues mutuellement par le bouche à oreille (le téléphone arabe, préciserait mon voisin de palier avec un sourire de biais ; n'empêche que ce téléphone-là est digne de confiance)
      Dans une des chambres de l'hôtel, attend  une famille de cinq personnes : le père, la mère enceinte, un garçon, une fillette et un tout-petit garçon. Ils sont d'origine géorgienne, ils attendent les gendarmes missionnés pour procéder à leur expulsion du territoire français. Ils ont rassemblé quelques affaires dans des bagages de fortune (notons cependant l'utilité des sacs solides à l'emblème des groupes commerciaux, je ne les cite pas, mais disons que ce sont les grands magasins sympas qui veulent ouvrir les dimanches, et jours fériés et dès qu'ils le pourront la nuit : conso non stop, ça s'appelle)

      Ce matin, nous avons pu constater une fois de plus, l'efficacité de l'organisation mise en place par les services de l'Etat : 
1) "on" prend les gens au saut du lit : fatigue et stress sont les meilleurs alliés des chargés d'expulsion
2) "on" agit le mercredi : les enfants, qui sont scolarisés, ne manquent pas à l'appel
3) "on" intègre à l'équipe deux ou trois gendarmes sensibles de la matraque : provoquer les manifestants pour faire douter de leur pacifisme, bousculer une élue de la République arborant pourtant son écharpe tricolore

      Cette famille va être reconduite en Pologne, puisque c'est par ce pays que les passeurs les ont fait pénétrer à l'intérieur de l'espace Schengen (après avoir reçu en "dédommagement" une grande partie des économies des familles qui veulent rejoindre le pays des droits de l'homme, ignorant que les droits de l'homme n'y sont plus ce qu'ils étaient...)


      Il y a cinquante ans, mourait Boris Vian. Révolté par l'injustice, pacifiste, l'auteur du "Déserteur",  du "Politique", Boris Vian avait aussi écrit un poème "A tous les enfants", dans lequel il dénonce les horreurs de la guerre vers laquelle un pays projette sa jeunesse.
Témoin, ce matin, d'une action indigne de la République, bien que le contexte ne soit pas identique, j'ai pensé tout de suite à ce texte, en voyant la détresse, "l'étonnement" dans les regards de ces enfants dont le gouvernement français actuel ne respecte pas les droits (même pas le droit à l'éducation) et qu'il traite comme des moins que riens...

 "A tous les enfants
Qui sont partis le sac au dos
Par un brumeux matin d’avril (ou novembre, ou décembre, ou...)
Je voudrais faire un monument
A tous les enfants
Qui ont pleuré le sac au dos
Les yeux baissés sur leur chagrins
Je voudrais faire un monument
Pas de pierre, pas de béton
Ni de bronze qui devient vert
Sous la morsure aiguë du temps
Un monument de leur souffrance
Un monument de leur terreur
Aussi de leur étonnement"
(Extrait de "A tous les enfants" de Boris Vian - 1954/1959 - Chansons)


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